D�bat : L'Union europ�enne a-t-elle n�glig� les pays du Maghreb ?


La Tribune, 11 juillet 2007
 
Nicolas Sarkozy a entam� une visite de deux jours en Alg�rie et en Tunisie. Alors que le processus euro-m�diterran�en, lanc� en 1995 � Barcelone, est dans l'impasse, les pays du Maghreb accusant l'Europe de privil�gier ses nouveaux membres, le pr�sident de la R�publique veut relancer la coop�ration europ�enne avec la rive sud de la M�diterran�e.

� Oui � : Hasni Abidi

(Directeur du Centre d'�tudes et de recherche sur le monde arabe et m�diterran�en � Gen�ve).

 

 � Elle a n�glig� les questions de droits de l'homme et de gouvernance �

La politique maghr�bine de l'Union europ�enne, et de mani�re plus g�n�rale sa strat�gie sud-m�diterran�enne, n'a pas �t� � la hauteur des enjeux. En se focalisant sur les questions �conomiques, notamment par le biais de la signature d'accords d'association, l'UE a n�glig� d'autres aspects fondamentaux pour le d�veloppement du Maghreb. Contrairement � ce qui s'est pass� lors du processus d'Helsinki en faveur des pays de l'ex-bloc communiste, l'Europe ne s'est gu�re souci�e des questions de gouvernance et de droits de la personne humaine. Il faut rappeler � ce sujet que les gouvernements maghr�bins ont utilis� les accords de libre-�change sign�s avec Bruxelles pour se donner une l�gitimit� politique vis-�-vis de la communaut� internationale et de leurs propres opinions publiques. L'Europe n'a pas suffisamment accord� d'attention aux �lites maghr�bines dissidentes qui, aid�es et soutenues, auraient pu devenir des agents de changement dans leurs pays respectifs. Je reconnais que des sommes importantes ont �t� d�bloqu�es par les Europ�ens mais l'argent ne suffit pas. Il faut un projet bien plus ambitieux qui englobe la politique, la culture, les sciences sans oublier les d�placements des populations. Quant � la France, elle a contribu� � saper le processus euro-maghr�bin en jouant une carte personnelle qui visait � maintenir la r�gion dans sa zone d'influence exclusive. Et cette approche n'a gu�re pay� puisque le Maghreb n'est plus une chasse gard�e fran�aise avec de nouvelles �lites �conomiques maghr�bines qui regardent tout autant du c�t� du monde anglo-saxon que du Proche-Orient.

 

� Non � : Philippe de Fontaine Vive 
(Vice-pr�sident de la Banque europ�enne d'investissement � BEI, en charge de la Femip)

 

 

� Elle contribue � la mise � niveau des �conomies sud-m�diterran�ennes �

On ne peut pas affirmer que l'Europe n�glige la rive sud de la M�diterran�e. De 2000 � 2006, l'Union europ�enne a d�ploy� 13 milliards d'euros, �galement r�partis entre le Maghreb et le Machrek (Proche-Orient). La majeure partie de ces fonds sont des pr�ts de la BEI, et les dotations budg�taires de l'Union ont �t� de 5 milliards. La priorit� est d'encourager la mise � niveau des infrastructures et des entreprises, ainsi que le d�veloppement du secteur priv� local. Par exemple, la BEI est indirectement devenue l'actionnaire de quelque 750 entreprises du sud m�diterran�en ; du c�t� des infrastructures, outre l'�nergie et les communications, elle a commenc� � financer les secteurs sociaux, par exemple au Maroc et en Tunisie : modernisation des syst�mes de sant�, de formation professionnelle, logement social. Pour l'avenir, le Conseil europ�en a d�cid� d'accro�tre cet engagement, ce qui permettra � la BEI de doubler son soutien annuel, notamment aux pays du Maghreb. Il reste des progr�s � accomplir afin de disposer des cr�dits suffisants pour les secteurs sociaux et r�aliser les r�formes financi�res n�cessaires pour r�duire le risque de change, ouvrir les march�s de capitaux, �tablir des fonds de garantie pour les PME. Cependant, l'Europe accorde une importante � prime � l'�largissement � pour faciliter l'int�gration des pays qui la rejoignent, ce qui a cr�� un profond �cart entre les pays dits en accession et les voisins. Dans cette  configuration, les pays du sud de la M�diterran�e ne pourront que se comparer n�gativement aux pays d'�largissement et positivement par rapport aux � voisins de l'Est �.

 

Propos recueillis par Akram Belka�d

 

Commentaire :  

 

En attendant l'Unionm�diterran�enne...

 

La � fronti�re � entre le Maghreb et l'Union europ�enne, que l'on repr�sente le plus souvent par le d�troit de Gibraltar, est la plus d�s�quilibr�e du monde en mati�re de r�partition des richesses. Ainsi au Maroc, le revenu moyen annuel est de 1.800 euros par an contre 18.000 euros pour l'Andalousie. C'est bien plus que l'�cart qui existe entre le Texas et le Mexique.

Et de fa�on plus g�n�rale, le revenu moyen au sein de l'Union europ�enne est pr�s de sept fois sup�rieur � celui qui existe au Maghreb. Ces deux statistiques d�montrent � elles seules le chemin qui reste � parcourir pour assurer le d�collage �conomique d'une r�gion qui reste sous la menace de l'extr�misme religieux. Initi� au milieu des ann�es 90 pour rapprocher l'Europe du Sud de la M�diterran�e, le processus de Barcelone s'est enlis� malgr� la signature d'accords d'association entre les pays du Maghreb et l'UE. Aujourd'hui, les gouvernements maghr�bins demandent avec insistance une coop�ration plus ambitieuse. Depuis deux ans, l'Espagne d�fend le concept du � tout sauf les institutions �, destin� � offrir un statut de � quasi-membre � aux pays du Sud les plus d�velopp�s. De son c�t�, Nicolas Sarkozy avance l'id�e d'une Union m�diterran�enne qui offrirait un nouveau cadre de solidarit� avec le Maghreb. Il reste n�anmoins � d�finir les contours � et les limites � de cette nouvelle forme de coop�ration.

 

A.B.E