La Tribune, 30 ao�t 2007
Comment faire avec les clandestins ? C'est la question que se posent r�guli�rement les Am�ricains, partag�s entre l'envie de perp�tuer une tradition d'accueil vieille de trois si�cles et la volont� de sanctuariser un pays tent� par le repli sur lui-m�me et qui s'interroge, lui aussi, sur l'avenir de son identit�. Le probl�me est de taille. Selon les estimations, le nombre de clandestins oscille entre dix et douze millions, dont six millions de Mexicains, et leur sort bloque toutes les tentatives de r�forme des lois sur l'immigration.
� George W. Bush a voulu s'inscrire dans la voie de Ronald Reagan, qui avait eu le courage de r�gulariser plusieurs millions de clandestins en 1986, rappelle Steve C. Clemons de la New America Foundation. Malheureusement pour lui, le Parti r�publicain n'a pas pu faire taire ses tendances populistes qui assimilent les ill�gaux � des criminels ayant viol� la loi am�ricaine. �
La bataille l�gislative � propos des clandestins est d'abord s�mantique. Quand George W. Bush et plusieurs s�nateurs r�publicains dont Lindsey Graham (Caroline du Sud) ou John Kyl (Arizona) �voquent � une r�gularisation � avec crit�res s�v�res (paiement d'une amende, retour au pays d'origine pour demander un visa, paiement r�troactif d'imp�ts�), leurs adversaires d�noncent � une amnistie � sans pour autant pr�ciser comment ils imaginent pouvoir expulser pr�s de 3 % de la population (en 2006, les �tats-Unis ont reconduit 190.000 personnes � leurs fronti�res).
Pol�mique sur l'impact �conomique des clandestins
� Il faut faire sortir de l'ombre ces hommes et ces femmes qui contribuent � la prosp�rit� de notre pays �, clame de son c�t� le s�nateur d�mocrate Edward Kennedy, pour qui les clandestins apportent plus qu'ils ne co�tent � l'�conomie am�ricaine. Une opinion qui elle aussi fait d�bat. Selon une �tude de l'Heritage Foundation, les clandestins co�teraient de 50 � 90 milliards de dollars par an au budget am�ricain. Pour parvenir � cette estimation, ce think tank conservateur additionne les aides f�d�rales vers�es ind�ment aux clandestins et le budget des services charg�s de les rechercher et de les reconduire � la fronti�re.
Ce chiffre est contest� par les partisans d'une r�gularisation, qui rappellent, comme l'explique un rapport de la Ligue des citoyens am�ricains d'origine sud-am�ricaine, que de nombreux clandestins - qui utilisent de vrais-faux num�ros de s�curit� sociale - paient des imp�ts � la source et versent pr�s de 7 milliards de dollars � la s�curit� sociale et aux caisses de retraite sans b�n�ficier de leurs prestations.
Selon une �tude du General Accounting office (GAO), un organisme bi-partisan du Congr�s dont les pr�rogatives sont semblables � celles de la Cour des comptes fran�aise, une r�gularisation des clandestins apporterait 72 � 80 milliards de dollars suppl�mentaires au budget de l'�tat. De quoi compenser en partie les 90 milliards de dollars que co�teraient actuellement, selon les auteurs de cette �tude, les clandestins.
Par ailleurs, les opposants � la r�gularisation avancent aussi le fait qu'une telle d�cision constituerait un appel d'air pour d'autres clandestins. Une r�serve qui se fonde sur l'exemple de 1986, la d�cision prise par l'administration Reagan de donner une
green card aux clandestins ayant provoqu� un afflux massif en provenance du Mexique et du reste de l'Am�rique latine. L� encore, les arguments oppos�s sont nombreux.
Les D�mocrates h�sitent � d�fendre la r�gularisation
� R�gulariser les clandestins, notamment les six millions de Mexicains, c'est �uvrer � la stabilit� du continent �, estime pour sa part l'�conomiste Mark Rosenzweig. Ce dernier rappelle que les Mexicains qui travaillent l�galement aux �tats-Unis (ils sont 75.000 � obtenir chaque ann�e le droit d'y �migrer) transf�rent pr�s de 18.000 dollars par an � leur pays d'origine.
� Imaginez que l'on r�gularise les six millions de Mexicains qui travaillent ill�galement aux �tats-Unis. Non seulement ils paieront plus d'imp�ts aux �tats-Unis mais ils auront moins de mal � envoyer de l'argent � leurs parents rest�s au Mexique �, avance-t-il. Et le Mexique b�n�ficierait du coup d'au moins 30 � 40 milliards de dollars de transferts suppl�mentaires. De quoi, affirme-t-il, contribuer � la stabilit� d'un pays qui ne cesse d'inqui�ter son puissant voisin du nord.
L'�lection pr�sidentielle de novembre 2008 r�glera-t-elle ce dossier �pineux ? C'est loin d'�tre s�r car, paradoxalement, de nombreux observateurs estiment que la perspective d'une victoire d�mocrate risque de compliquer la donne.
� La r�gularisation des clandestins passera mieux aupr�s de l'opinion publique si c'est un r�publicain qui la met en place �, reconna�t Steve C. Clemons en faisant encore r�f�rence � Ronald Reagan. Probl�me, ni Rudy Giuliani ni Mitt Romney ne veulent en entendre parler tandis que, dans l'autre camp, Hillary Clinton et Barack Obama se sont bien gard�s pour l'instant de promettre une r�gularisation. � bien des �gards, la question de l'immigration ill�gale risque fort de continuer � empoisonner la vie politique am�ricaine.
Akram Belka�d, envoy� sp�cial � Washington