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Mots cl�s  Al-Jazeera.. Al Jazira.. Libye.. Egypte.. printemps arabe.. Bahre�n.. Tunisie.. FoxNews..  
  

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Les engagements s�lectifs d'Al-Jazeera   
Lib�ration, 17 avril 2011.- Si elle a jou� un grand r�le dans les r�volutions tunisienne et �gyptienne, la cha�ne panarabe oublie son objectivit� dans la crise libyenne

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Lib�ration, 17 avril 2011

Alors que les r�volutions tunisienne et �gyptienne ont renforc� son statut de r�f�rence incontournable en mati�re d�information sur le monde arabo-musulman, Al-Jezira met actuellement sa cr�dibilit� en danger. En cause, sa couverture partiale des manifestations � Bahre�n et en Syrie, ainsi que son soutien sans nuances aux rebelles libyens et � l�opposition y�m�nite. Entra�n�e par l�ivresse r�volutionnaire, la cha�ne qatarie ne semble plus se contenter du r�le d�observateur impartial. L� o� sa petite s�ur anglophone se borne � (bien) jouer son r�le de m�dia neutre, Al-Jezira en arabe se comporte d�sormais comme si elle �tait le fer de lance du printemps arabe.

Mais conc�dons d�abord que sa couverture des r�volutions tunisienne et �gyptienne a �t� un mod�le de rigueur journalistique. Ce n�est pas sans importance quand on sait que cette t�l�vision a longtemps �t� critiqu�e pour son manque d�objectivit�, ses diatribes anti-occidentales, ses exc�s en mati�re de victimisation du monde arabo-musulman et son caract�re anxiog�ne - symbolis� par la diffusion ad nauseam d�images sanglantes. Ainsi, dans le cas de la Tunisie, le soir m�me du 17 d�cembre, jour o� Mohammed Bouazizi s�est immol� par le feu, Al-Jezira consacrait son antenne � ce qui allait d�clencher une temp�te alors inimaginable. C�est aussi Al-Jezira qui a rendu compte de la r�pression � l�int�rieur du pays, notamment dans la r�gion de Kasserine, quand les m�dias occidentaux se laissaient gagner par l�engourdissement des f�tes de fin d�ann�e. Enfin, elle a �t� en pointe lors de la fuite de Ben Ali.

Ce r�le de locomotive journalistique, la cha�ne qatarie l�a aussi jou�, et de mani�re encore plus professionnelle, durant la crise �gyptienne. Bien que tr�s vite interdite par les autorit�s locales, elle a su trouver les moyens n�cessaires, entre autres techniques, pour continuer de diffuser les images de la foule mass�e place Tahrir et des soul�vements de plusieurs villes de la vall�e du Nil et du Sina�. Sans Al-Jezira, de nombreuses cha�nes du Moyen-Orient - sous influence de l�Arabie Saoudite qui s�opposait � la chute de Moubarak - auraient d�sinform� les Egyptiens et le reste du monde arabe. Il �tait saisissant d�entendre, d�but f�vrier, un journaliste de la cha�ne Al-Arabiya affirmer que les manifestants pro-Moubarak �taient attaqu�s par les contestataires quand les images d�Al-Jezira collect�es via Internet prouvaient le contraire.

Notons que, dans les deux cas tunisien et �gyptien, Al-Jezira n�a jamais ignor� ou boycott� les r�gimes en place. On sentait poindre une volont� manifeste de traitement �quitable entre les deux parties. Cela ne s�est pas r�p�t� pour les autres r�volutions arabes. Pour ce qui est de Bahre�n, la cha�ne de Doha n�a pas cherch� � contredire la th�se officielle du complot chiite et iranien. Interrog�s en direct, plusieurs membres du parti d�opposition Wefak ont �t� somm�s de s�expliquer sur leurs liens suppos�s avec l�Iran et n�ont gu�re eu la possibilit� de d�fendre leur point de vue. L�intervention de militaires saoudiens a �t� trait�e a minima alors qu�elle constituait un acte contre-r�volutionnaire majeur ainsi qu�un �v�nement inhabituel dans l�histoire des relations entre les p�tromonarchies de la r�gion. M�me prudence extr�me � propos des manifestations en Syrie : le ton est mesur�, le traitement tr�s factuel et les attaques contre Bachar al-Assad et les caciques syriens sont tr�s rares. Les opposants sont sollicit�s avec parcimonie tandis que les partisans du r�gime syrien ont pu expliquer � l�antenne que les manifestations �taient l��uvre d��trangers et de fr�res musulmans.

A l�inverse, dans le cas du Y�men, Al-Jezira est du c�t� des manifestants. Elle exige, via ses analyses et la tonalit� g�n�rale de ses sujets, le d�part du pr�sident Ali Saleh. Une position conforme � celle des pays du Conseil de coop�ration du Golfe : le Y�men, trop pauvre pour en faire partie a beau jeu de crier au complot. Et lorsqu�un politologue saoudien met en garde contre une implosion de ce pays aux structures tribales, �tablissant un parall�le avec ce qui s�est pass� en Somalie, il se fait renvoyer dans les cordes par l�une des journalistes d�Al-Jezira, cette derni�re n�h�sitant pas � lui reprocher de trahir ses �fr�res� y�m�nites.

Le parti pris est encore plus flagrant en ce qui concerne la Libye. Al-Jezira diffuse en boucle des clips mettant en sc�ne la barbarie du r�gime de Kadhafi et soutient sans r�serve l�intervention de l�Otan (ce qui d�soriente nombre de ses t�l�spectateurs). Le tr�s c�l�bre imam Youssef al-Qardaoui - lequel avait appel�, lors d�un pr�che du vendredi, � �tuer� Kadhafi - est venu � l��cran pour expliquer qu�il ne s�agissait pas d�une �nouvelle croisade�. Une caution religieuse qui a confort� la d�cision du gouvernement du Qatar de participer � l�intervention a�rienne contre les troupes pro-Kadhafi. Al-Jezira s�oppose, souvent avec v�h�mence, � ceux qui critiquent cette guerre, qu�ils soient ou non des partisans du �guide� libyen : Amr Moussa, secr�taire g�n�ral de la Ligue arabe, a �t� tanc� sur l�antenne pour avoir �mis des doutes sur la mani�re dont la coalition interpr�tait la r�solution du Conseil de s�curit� autorisant les frappes a�riennes. De m�me, la cha�ne a pr�sent� comme une victoire la d�fection de Moussa Koussa, l�ancien ministre libyen des Affaires �trang�res, oubliant au passage de pr�ciser le r�le actif de cet homme dans la r�pression des opposants au r�gime au cours de ces derni�res ann�es.

Certes, la mort de l�un de ses cam�ramans en Libye a traumatis� la r�daction d�Al-Jezira de m�me que l�emprisonnement de plusieurs de ses journalistes. Mais aujourd�hui, Al-Jezira en est � d�fendre une intervention terrestre de l�Otan. Sauf � singer Fox News, ce n�est pas � une cha�ne d�information que de militer pour la guerre.

Akram Belka�d

Prochain ouvrage : �Etre arabe aujourd�hui�, � para�tre en septembre chez Carnets Nord.

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publi� le: Peter Gillespie, (02/10/2011 16:01:48)
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