La Tribune, 6 juillet 2007
Le syndicalisme am�ricain est-il vraiment aux abois ?
Thea M. Lee.- La situation des syndicats aux �tats-Unis est vraiment tr�s difficile, notamment dans le secteur priv� o� leurs membres sont harcel�s et m�me licenci�s. Douze ann�es de Congr�s aux mains des r�publicains (1994-2006) et six ann�es de pr�sidence Bush ont lamin� les syndicats et les droits des travailleurs am�ricains. C'est pour cela que nous pla�ons beaucoup d'espoir dans le Free Employee Choice Act. En effet, si cette r�forme passe, ce sont pr�s de 60 millions de travailleurs qui pourraient s'ajouter aux 15,4 millions d�j� syndiqu�s.
Mais l'�rosion de vos adh�rents ne refl�te-t-elle pas votre incapacit� � vous adapter � la mondialisation ?
� la base de nos probl�mes r�side le fait que les deux pr�sidences de Bush ont �t� de celles qui se sont le plus oppos�es aux syndicats et qui ont pratiqu� la pire des politiques � leur encontre. Mais cette �rosion que vous �voquez est aussi le r�sultat de politiques �conomiques successives qui ont abouti � des dizaines de milliers d'emplois d�truits. Depuis 2000, du fait de la politique commerciale de George W. Bush, nous avons perdu pr�s de trois millions d'emplois manufacturiers dont une partie seulement a �t� remplac�e par des postes dans les services o�, contrairement � ce qui se passe dans l'industrie, il est tr�s difficile de se syndiquer.
On en revient donc � votre mise en cause de la mondialisation en raison de son impact n�gatif sur l'industrie am�ricaine ?
Les syndicats am�ricains ne sont pas oppos�s � la mondialisation ni aux �changes commerciaux. Mais nous critiquons le gouvernement am�ricain, qui semble se satisfaire du fait que la mondialisation impose une convergence par le bas des standards sociaux et des droits des travailleurs. La mondialisation, c'est pour nous aussi l'explosion de notre d�ficit commercial, ce qui t�moigne de la destruction de l'industrie am�ricaine. Et � cela s'ajoute la question des salaires. Le but r�el de certains laudateurs de la mondialisation - c'est le cas de la R�serve f�d�rale - c'est de limiter les salaires et nous ne pouvons l'accepter.
Votre discours tranche tout de m�me avec les jugements positifs sur l'�tat de l'�conomie am�ricaine�
L'appr�ciation de l'�conomie am�ricaine diff�re selon que vous �tes � Wall Street ou que vous �tes un travailleur am�ricain. Pour Wall Street, tout va bien. L'�conomie tourne bien, les indicateurs sont au vert. Pour le travailleur, cela fait vingt ans que le salaire des Am�ricains stagne. Pour le bien des �tats-Unis qui, je le r�p�te, ne sont pas Wall Street, nous plaidons pour des solutions politiques qui permettent de ralentir le rythme de la mondialisation et de r�fl�chir sur ses effets.
L'AFL-CIO est s�v�re � l'encontre de Bush mais l'on sent aussi une r�serve vis-�-vis des d�mocrates�
Nous n'avons pas pardonn� � Bill Clinton d'avoir sign� l'Alena et, surtout, d'avoir fait entrer la Chine dans l'OMC. Mais aujourd'hui, les d�mocrates sont bien plus attentifs aux questions de normes sociales � inclure dans les accords commerciaux. C'est un progr�s appr�ciable.
Propos recueillis par Akram Belka�d, � Washington.