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Mots cl�s  Abu Dhabi.. Adia.. SWF.. Sovereign fund..  
  


Enqu�te : Le puissant fonds souverain d'Abu Dhabi sort de l'ombre   
La Tribune, 21 f�vrier 2008.- � la t�te d'un patrimoine estim� � 800 milliards de dollars, l'Abou Dhabi Investment Authority est l'un des fonds souverains les plus puissants au monde. La traditionnelle discr�tion des gestionnaires de cette colossale fortune suscite les pol�miques. Pour parer les critiques, l'�mirat va s'entourer d'experts en communication.

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© Akram Belkaid
La Tribune, 21 f�vrier 2008
 
Une chaleur encore supportable enveloppe Abou Dhabi, capitale de l'�mirat �ponyme et de la f�d�ration des �mirats arabes unis. Sur la corniche, dominant la lagune turquoise et ses rives de sable aux sept couleurs, un serpentin de verre et d'acier fait miroiter les rayons du soleil. C'est dans cette tour, imposante bien que modeste compar�e aux ahurissantes �rections de Duba�, la cit�-�mirat s�ur et rivale, qu'est g�r�e l'une des plus importantes fortunes d'�tat du monde. Avec plus de 800 milliards de dollars (500 milliards de dollars affirment certaines estimations plus conservatrices), l'Abu Dhabi Investment Authority ou Adia est le fonds souverain le plus riche de la plan�te et, peut-�tre aussi, le plus controvers� eu �gard � son opacit�.

Riche, puissant mais opaque. Ces trois qualificatifs reviennent en boucle dans l'impressionnante revue de presse consacr�e � ce fonds depuis moins d'un an. � Adia ne publie pas ses comptes, ne donne aucun d�tail sur ses avoirs et encore moins sur ses investissements �, r�sume Edwin Truman du Peterson Institute � Washington. Comment en savoir plus ? L'outil de base des enqu�teurs de tout poil, c'est-�-dire l'�pluchage du site Internet, s'av�re dans le cas pr�sent totalement inutile. Un simple page Web avec un logo, une adresse postale, des coordonn�es t�l�phoniques et la possibilit� d'envoyer un commentaire� � propos du site. Un peu mince, sinon ridicule pour un fonds que l'on pr�sente comme le grand sauveur potentiel de la finance am�ricaine min�e par la crise des subprimes.

Pour esp�rer grappiller quelques informations, on peut tenter de traquer les repr�sentants d'Adia, qui acceptent de prendre la parole en public. Tentative, il y a quelques semaines � Bahre�n, � l'occasion d'un colloque sur la finance islamique. Dans une grande salle � la moquette haute et aux lustres de cristal, l'intervention du repr�sentant du fonds souverain sur les perspectives �conomiques du Golfe est salu�e par un brouhaha r�probateur. Une voix s'�l�ve dans l'assistance : � On le sait que l'�conomie de la r�gion se porte bien. Parlez-nous plut�t d'Adia ! � La r�ponse est sans appel : � Inutile d'insister, vous savez tr�s bien que je n'ai pas le droit d'�voquer ce sujet. �

Entre le fonds souverain et les monarques de la r�gion, l'analogie s'impose. Les puissants �mirs ont leur portrait affich� un peu partout et les journaux ne cessent de consacrer leur une aux � entretiens sur des points d'int�r�ts mutuels � qu'ils ont eus la veille avec l'�missaire de la Belgique, du Vietnam ou de l'Argentine. Adia est, lui, un point de rep�re incontournable dans la capitale �mirienne. Impossible d'obtenir une licence de chauffeur de taxi si l'on n'est pas capable de situer l'� Adia Tower � sur un plan, m�me approximatif, d'Abou Dhabi. Mais, dans le fond, on ne sait rien ni des uns ni de l'autre.

Adia pr�t � sortir de son mutisme ?

Les pressions exerc�es par les pays industrialis�s pour plus de transparence semblent avoir pay�. Interrog� par La Tribune apr�s moult p�r�grinations, un tr�s haut dirigeant d'Adia l'admet du bout des l�vres. � Nous ne pouvons toujours pas nous exprimer publi-
quement car notre gouvernement nous l'impose, explique-t-il. Mais dans le m�me temps, nous sommes en train de mettre en place notre d�partement de communication qui aura pour mission de r�pondre � la presse mais aussi � des interlocuteurs plus institutionnels. � Un � communicant � d'envergure internationale a �t� recrut� pour b�tir et diriger ce d�partement qui sera �galement charg� de la communication interne d'Adia.
 
Dans le m�me temps, selon un autre de ses responsables, le fonds �mirien va s'appuyer sur une expertise ext�rieure pour sa communication naissante. Pour ce faire, il a eu l'embarras du choix. En 2007, plus de cent grands noms du secteur, essentiellement anglo-saxon, lui ont propos� leurs services. Selon une information recueillie par La Tribune, qu'Adia n'a pas souhait� commenter, l'heureux �lu serait la compagnie de relations publiques Burson-Marsteller. Bas�e � Washington, cette soci�t� est sp�cialiste des relations presse, mais aussi des affaires institutionnelles et du lobbying. L'outil id�al pour d�fendre l'image d'Adia aupr�s d'un Congr�s am�ricain qui commence � s'impatienter et � multiplier les projets de loi pour contraindre les fonds souverains � plus de transparence�

la � soutra � invoqu�e

Lorsqu'on les questionne, les fonds souverains arabes s'appuient sur un argumentaire bien rod�. � Notre fonds souverain pr�pare l'avenir des futures g�n�rations dans la perspective de la fin du p�trole �, r�p�te ainsi � La Tribune un dirigeant �mirien. L'entretien avec ce dernier s'est d�roul� en deux temps. Une premi�re fois dans un salon priv� d'un grand h�tel genevois et une seconde fois dans le majliss (salon traditionnel) d'une grande villa au sud d'Abou Dhabi. Qu'il soit en costume de flanelle sombre ou en dishdasha immacul�e, la m�me incompr�hension, voire la m�me indignation, impr�gnent ses commentaires � propos des critiques des Occidentaux sur les fonds souverains arabes : � Tant que nous achetions des obligations du Tr�sor am�ricain, nous �tions jug�s responsables et s�rieux !, s'exclame-t-il. Mais quand nous cherchons � r�aliser des investissements plus profitables pour les enfants de nos enfants, alors nous devenons un danger ! �

Assis sur un canap� dor� dans l'immense hall de l'Emirates Palace, l'un des deux uniques h�tels sept �toiles du monde (l'autre est � Duba�), un universitaire d'origine �gyptienne n'est pas en reste. � Est-on encore capable de r�fl�chir en Occident ? J'en doute. Les �mirats arabes unis sont un petit pays, pris en tenaille entre l'Iran et l'Arabie Saoudite. � votre avis, quels effets aurait l'�num�ration m�diatis�e des avoirs d'Adia ? � En arabe, la
soutra signifie la � retenue �, le fait de ne pas se laisser aller � l'ostentation. Dans le cas d'Adia, il s'agit de ne provoquer ni les app�tits ni la jalousie de tr�s puissants voisins. Pour prosp�rer, il lui faut adopter un profil bas.

Cette analyse est partag�e par plusieurs diplomates occidentaux en poste dans la capitale des �mirats. Selon eux, la discr�tion est l'une des qualit�s intrins�ques des habitants d'Abou Dhabi. Ils opposent volontiers la retenue de cette ville � l'exub�rance de Duba�. D'un c�t�, une cit� qui emprunte encore � ce que fut l'allure poussi�reuse de Houston dans les ann�es 1950 et, de l'autre, un geyser fait de bling-bling, d'or 22 carats, de vitres fum�es et de b�ton qui ne cesse de mordre sur le d�sert.
 
Mais d'autres �l�ments permettent de relativiser la � menace � Adia. � quelques centaines de m�tres � vol d'oiseau de la corniche, dans un bureau spacieux mais aust�re, le Dr Giyas G�kkent, patron de la recherche � la National Bank of Abu Dhabi, est l'une des rares personnes � accepter d'�tre cit�e. � Adia n'a pas les ressources, ni financi�res ni humaines, pour prendre le contr�le total des entreprises dans lesquelles elle investit �, affirme cet homme consid�r� par ses pairs dans la r�gion comme l'un des meilleurs � Adia watchers �, expression faisant r�f�rence aux fameux � Opep watchers �, les d�crypteurs des d�cisions du cartel p�trolier.

� Nombre de gens critiquent Adia pour son silence, mais il suffit d'�tre attentif � certaines publications pour avoir des �l�ments d'information �, poursuit l'�conomiste. On peut, par exemple, examiner la balance des paiements des �mirats arabes unis pour se faire une id�e de ce que le fonds investit � l'�tranger. La ligne � d�penses des entreprises publiques � l'�tranger � indique des sorties de capitaux de 109 milliards de dollars en 2006 et 146 milliards de dollars en 2007. Or, on consid�re que 85 % de ces investissements hors fronti�res sont imputables � Adia.

Mais o� va cet argent ?

En attendant que les communicants recrut�s par Adia se mettent � la t�che, il est encore difficile de savoir dans quels pays cette manne est investie. Parfois, la chance ou une gaffe de diplomate permettent de lever une partie du voile. Ce fut le cas il y a un an, lorsque l'ambassadeur du Japon aux �mirats arabes unis s'est publiquement f�licit� du fait qu'Adia poss�dait un portefeuille de pr�s de 40 milliards de dollars dans le pays du Soleil-Levant, compos� essentiellement de valeurs vedettes de la Bourse de Tokyo.
 
� Adia est un v�hicule d'investissement tr�s sophistiqu� dont la politique peut se r�sumer � la recherche du meilleur placement � tout moment et au moindre risque �, rel�ve un autre banquier europ�en en poste � Abou Dhabi. Une affirmation qui �corne l'id�e d'une gestion prudente. � Pour les grosses capitalisations occidentales ou asiatiques, les positions de ce fonds sont souvent � long terme, mais c'est loin d'�tre une politique fig�e. Adia entre et sort du march� en permanence et arbitre entre les diff�rentes places et cat�gories d'actifs. C'est vraiment une gestion dynamique qui ferait p�lir d'envie les g�rants les plus connus de Wall Street ou de la City. �

L'exemple de l'investissement r�alis� dans Citigroup parle de lui-m�me. En d�boursant 7,5 milliards de dollars pour acqu�rir des obligations convertibles qui, en 2011, lui offriront 4,9 % du capital de la banque am�ricaine, Adia a d�j� r�alis� une tr�s bonne affaire financi�re puisque cet investissement lui rapportera d'ici l� pr�s de 11 % par an soit 1,7 milliard de dollars d'int�r�ts. � Ils sont bons, m�me tr�s bons. Je comprends qu'ils n'aient pas envie de communiquer parce que leur strat�gie d'investissement pourrait �tre dupliqu�e par d'autres acteurs sur le march� �, juge le repr�sentant d'une banque fran�aise aux �mirats.

Pourquoi en veut-on � Adia ?

Fid�les � leur souci permanent d'�viter tout conflit, notamment avec les gouvernements occidentaux, les officiels �miriens ne veulent pas s'engager sur la piste incertaine du racisme antiarabe m�me si certains journaux de la r�gion, y compris anglophones, d�fendent cette th�se. Pragmatiques, les Abou-Dhabiens voient plut�t dans le tir de barrage contre Adia une volont� de leur imposer un partage plus cons�quent des fruits de leurs investissements. L'id�e selon laquelle ce serait l'industrie de la gestion d'actifs qui, en sous-main, attiserait le feu des critiques � l'encontre des fonds souverains semble tr�s r�pandue.

� Le tr�sor de guerre d'Adia fait r�ver des milliers de g�rants � travers le monde. Certains ont int�r�t � ce que les critiques contre l'opacit� de ce fonds se multiplient pour ensuite venir se poser en recours et obtenir une part du g�teau. En confiant officiellement des mandats � ces �tablissements connus, Adia gagnerait en cr�dibilit� : voil� le �deal� qui leur est sans cesse propos� �, r�v�le le banquier europ�en. C'est ce qu'a bien compris China Investment Corp. Le fonds souverain chinois doit prochainement annoncer � qui, parmi la centaine de g�rants internationaux candidats, il confie un mandat de gestion pour les ann�es � venir.

� Il y a beaucoup de gens qui nous font des offres de service et qui, de retour dans leur pays, alimentent en sous-main le flot des critiques contre Adia, confirme l'un des responsables du fonds �mirien. En soit, cela n'est pas choquant. C'est de bonne guerre et cela fait longtemps que nous g�rons ce type de situation. �

La semaine prochaine, � Abou Dhabi, aura lieu un forum �conomique r�gional. Dans les tours aux verres miroitants o� se g�rent des milliards de dollars d'investissements, il se murmure que l'un des participants vedettes, en l'occurrence Alan Greenspan, l'ancien pr�sident de la R�serve f�d�rale, pourrait annoncer sa nomination comme conseiller d'Adia, voire son entr�e au conseil d'administration. D�j� courtis� par le chinois CIC et par le qatari QIA, il devra tout de m�me expliquer comment ses r�ticences et doutes exprim�s � maintes reprises � l'encontre des fonds souverains se sont soudain �vanouis�

Akram Belka�d, envoy� sp�cial � Abou Dhabi
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- Fonds souverain adia 1
- Fonds souverain adia 2
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