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Mots cl�s  Alberta.. sables bitumineux.. tar sands.. Fort McMurray.. Syncrude.. Suncor.. Calgary.. Edmonton.. Total.. Athabasca..  
  


Alberta : Le p�trole � tout prix   
G�o, avril 2010 (reportage).- Les sables gorg�s d�hydrocarbures de cette province canadienne renferment la deuxi�me r�serve mondiale d�or noir. Mais leur exploitation est si d�vastatrice pour l�environnement qu�Al Gore n�h�site pas � parler de � folie humaine �.

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G�o, avril 2010
 

Le pick-up quitte Fort McMurray et passe le pont qui enjambe la rivi�re Athabasca. Il file sur la Highway 63 en direction du nord-est de l�Alberta, la province p�troli�re de l�ouest canadien. Un ciel de cendre coiffe la for�t bor�ale et ses conif�res rachitiques. Il fait moins trente et la m�t�o annonce une chute d�une dizaine de degr�s dans les prochains jours. Au volant, Mansour Ahmad, un chauffeur-livreur canadien d�origine somalienne, d�signe une s�rie de panneaux de mise en garde. Certains avertissent des risques de collision avec des cervid�s, d�autres affichent un num�ro de t�l�phone � composer en cas de � fortes odeurs chimiques �. Tr�s vite, la neige et les arbres c�dent la place � un paysage d�sol�. Des monticules de terre grasse et spongieuse, une enfilade de bassins circulaires aux eaux sombres, une odeur �pre de carburant et de d�tergent, des corbeaux qui se disputent les restes d�un animal �cras� : la zone ressemble � un d�cor de fin du monde.

 

C�est ici que repose la richesse de l�Alberta : Des � tar sands �, autrement dit du bitume m�lang� � du sable, de l�argile min�rale et de l�eau. Un goudron naturel dont l�extraction puis la liqu�faction aboutissent � la production d�un million de baril par jour (mbj) de p�trole brut. Avec l��quivalent de 180 milliards de barils r�partis en trois zones d�une for�t bor�ale grande comme le quart de la France (141.000 kilom�tres carr�s), l�Alberta poss�de les deuxi�mes r�serves mondiales de p�trole brut derri�re l�Arabie Saoudite. Ses dirigeants accueillent � bras ouverts les compagnies p�troli�res qui ont d�j� investi 60 milliards de dollars. Roger Gibbins, pr�sident de Canada West Foundation, un groupe de r�flexion bas� � Calgary, pr�voit que 140 milliards de dollars y seront d�vers�s dans les vingt prochaines ann�es pour une production de 5 mbj en 2030.

 

Pourtant, cet or noir obtenu au terme d�un long et co�teux processus industriel (lire l�encadr� ci-dessous) est le plus cher au monde. Produire un baril (environ 159 litres) � partir des sables bitumineux (ou bitumeux) co�te entre 25 et 35 dollars am�ricains contre 15 dollars en Mer du Nord ou 5 en Arabie Saoudite. Le brut albertain n�cessite une d�bauche d��nergie et de moyens. A moins d�une heure de route de Fort McMurray, l�une des mines � ciel ouvert de la soci�t� Suncor, qui exploite le bitume depuis les ann�es 1960, est un ballet continu de machineries lourdes, un fracas de cliquetis de chenilles, de plaintes de pistons hydrauliques et de rugissements de moteurs. Un excavateur g�ant rouge vif laboure avec violence le sol noir�tre et d�verse des tonnes d�argile gorg�e de silice et d�hydrocarbures dans les bennes de camions grands comme des immeubles de trois �tage et capables de transporter jusqu�� 350 tonnes de minerai.

 

Difficile d�imaginer que, quelques ann�es auparavant, l�endroit �tait couvert de for�t. Les arbres ont �t� arrach�s, la terre enlev�e sur pr�s de 50 m�tres d��paisseur. Vu les co�ts du mat�riel, l�activit� est permanente, sept jours sur sept, pratiquement vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Selon la teneur en bitume, 2 � 4 tonnes de minerai sont n�cessaires pour obtenir un baril de brut. Apr�s vient la transformation dans les usines que l�on appelle � upgrader �. Celle de Syncrude, un autre pionnier de l�industrie, enchev�tre ses tuyauteries g�antes et ses colonnes de fum�e jaun�tre de part et d�autre de l�autoroute 63. C�est ici que le bitume est s�par� du sable avant d��tre liqu�fi�. � Ces usines, exigent beaucoup d�eau, du gaz naturel pour la transformer en vapeur afin d�augmenter la viscosit� du bitume, des solvants et bien d�autres additifs chimiques, explique Alan, l�un de salari�s de l�entreprise. Sans oublier le p�trole brut venu d�ailleurs pour �tre m�lang� au bitume liqu�fi�. �

 

L�or noir ainsi exp�di� par pipe-line vers les raffineries am�ricaines, n�a jamais aussi bien port� son nom. Quand il fait les comptes, Simon Dyer, directeur de programme � l�Institut Pembina, un groupe de recherche bas� � Calgary, est cat�gorique :  � C�est un non-sens �conomique. Il faut l��quivalent de deux baril de p�trole brut conventionnel pour produire un baril de p�trole � partir des sables bitumineux �. Et si la nouvelle technique d�extraction �par injection de vapeur dans des puits horizontaux- permettra d��viter les mines � ciel ouvert, elle n�est gu�re plus �conome : il faut 300 m�tres cubes de gaz naturel, soit la consommation hebdomadaire d�un m�nage europ�en, pour obtenir un baril de p�trole. A ce rythme, pr�dit l�institut Pembina,  le Canada devra faire face � un �puisement de ses r�serves gazi�res d�ici 2030. Qu�� cela ne tienne : la construction d�une centrale nucl�aire qui  produirait les quantit�s n�cessaires de vapeur d�eau, est �voqu�e en Alberta.

 

� Du nucl�aire, il ne manquerait plus que �a� �, souffle John Beaver, un indien Cree de cinquante deux ans qui vit dans un hameau en lisi�re de Fort McMurray. Pour cet ancien chasseur et p�cheur devenu ouvrier dans le b�timent, les sables bitumineux sont l�ultime calamit� endur�e par son peuple. Un voile de tristesse devant les yeux, l�homme raconte comment cette ressource a boulevers� la vie des communaut�s locales : � C�est toujours la m�me histoire. On trouve de l�or ou du p�trole sur nos terres ancestrales, nous en sommes chass�s contre une poign�e de dollars �. Faute de pouvoir lutter contre les compagnies, les indiens essaient d�en tirer profit : plus au nord, les membres de la nation Chipewyan ont dot� leur village d�une clinique et de logements, et envisagent d�exploiter leur propre mine.

 

� L�industrie des sables bitumineux est celle qui a le plus haut taux d�emploi d�aborig�nes � travers tout le Canada, conc�de John Beaver. C�est un point positif.� Mais celui qui a renonc� depuis deux ans � p�cher dans la rivi�re Athabasca ajoute : � On voit bien que les rivi�res et les sols sont pollu�s, que des gens tombent malades, que le gibier et le poisson se font rares ou subissent d�effrayantes mutations.�

 

Car le p�trole de l�Alberta se paie aussi d�un co�t �cologique dramatique. D�forestation, hausse des �missions de gaz � effet de serre (il faut 150 kilos de gaz � effet de serre pour produire un baril de brut bitumineux, contre 30 kilos pour du p�trole conventionnel), polluants atmosph�riques (oxyde d�azote, dioxyde de souffre, m�thane) qui aggravent le ph�nom�ne de pluies acides dont souffrent les for�ts qu�b�coises et ontariennes, tout cela s�acccompagne du gaspillage et la pollution de l�eau. Dans une r�gion qui concentre le cinqui�me des r�serves d�eau douce du Canada, il faut de 2 � 6 barils d�eau pour un baril de p�trole, et les besoins de l�industrie absorbent l��quivalent de la consommation hydraulique d�une ville de deux millions d�habitants. Cette eau est puis�e directement dans la rivi�re Athabasca qui a longtemps servi de d�versoir pour les rejets des usines avant que le gouvernement de l�Alberta n�impose le stockage des boues issues de la s�paration du sable et du bitume.

 

Depuis, les r�sidus croupissent dans des bassins de d�cantation (� tailing ponds �) dont le spectacle ajoute encore aux charmes de la r�gion... Difficiles d�acc�s, prot�g�s par des digues et des cl�tures destin�es autant � �loigner les caribous que les militants �cologistes, ces mares hautement toxiques contiennent trois cent �l�ments chimiques dont du mercure et de l�arsenic. Elles tuent parfois oiseaux et canards quand les dispositifs destin�s � les �loigner sont bloqu�s par le gel. Personne ne sait comment s�en d�barrasser. Pour preuve, le Syncrude tailings dam est le plus gros barrage au monde et sert � retenir pr�s de 540 millions de m�tres cubes de soupe empoisonn�e.

 

Pour essayer de maquiller de vert ce tableau noir, les compagnies p�troli�res assurent qu�elles restaurent les sites lorsque l�exploitation est termin�e et m�diatisent quelques champs verdoyants o� paissent des bisons. Dans son bureau d�une tour de Calgary qui surplombe la Bow river, Jean-Michel Gires, pr�sident de Total Canada, insiste sur les progr�s que l�industrie p�troli�re est en train d�accomplir. � La technologie s�am�liore et les mauvaises habitudes disparaissent. Nous avons l�intention d��tre irr�prochables tant sur le plan environnemental que social �. A Edmonton, capitale de l�Alberta, les dirigeants de la province estiment, eux, que l�image d�sastreuse de cette industrie n�est due qu�� une mauvaise communication : � Nous sommes condamn�s � distance alors que nous ne cessons de faire des efforts pour que l�industrie des sables bitumineux s�am�liore et r�duise ses �missions de gaz � effet de serre � se d�fend Randell Barrett, fonctionnaire charg� des programmes environnementaux dans le nord de l�Alberta.

 

Mais il va falloir encore des efforts pour convaincre de l�innocuit� des exploitations. Les maladies respiratoires sont fr�quentes et, en 2006, John O�Connor, un m�decin g�n�raliste, fit part aux quotidiens � The Globe and Mail � et � Calgary Herald � ainsi qu�� Radio Canada, d�un taux anormalement �lev� de cancers rares parmi ses patients aborig�nes des localit�s situ�es en aval des sites de production. Les autorit�s ont r�pondu par des analyses incompl�tes et une �tude plus s�rieuse dont les r�sultats n��taient toujours pas publi�es au mois d�avril 2010. Et O�Connor a �t� mis au ban du corps m�dical pour avoir cr�� la panique avant d��tre r�tabli dans ses fonctions. Pourtant, les �l�ments � charge contre les nuisances de cette industrie sont suffisamment nombreux pour qu�Al Gore � ancien vice-pr�sident des Etats-Unis et chantre de la lutte contre le r�chauffement climatique - parle de � folie humaine � et de � dirty oil � (p�trole sale) tandis que Greenpeace et d�autres organisations qualifient l�exploitation des sables bitumineux de � crime �cologique et climatique absolu �.

 

Toutes ces pol�miques n�emp�chent pas l�Alberta d�attirer des milliers de personnes qui r�vent d�embauche imm�diate et de salaire �lev�. Un si�cle et demi apr�s la fi�vre aurif�re dans le Yukon voisin, l�Alberta et le bassin de l�Athabasca connaissent depuis plus de dix ans une ru�e humaine. Pour ce printemps (2010), selon Wendy Blackwell , directrice op�rationnelle � emploi et immigration � du gouvernement de l�Alberta, de 8.000 � 12.000 travailleurs, soudeurs, charpentiers, isolateurs, sont attendus pour la construction des nouvelles usines de traitement. Leurs salaires devraient atteindre le double de ce qui se pratique en Am�rique du Nord. Un soudeur qualifi� ou un sp�cialiste des machineries � vapeur peuvent gagner jusqu�� 150.000 dollars (110.000 euros) par an. Ils viendront du Canada puis des Etats-Unis o� l�industrie p�troli�re tourne au ralenti. A condition qu�ils aient les comp�tences requises. Car pour les autres, l�eldorado albertain risque de n��tre que miroir aux alouettes : � Des dizaines de Fran�ais sont arriv�s apr�s les articles vantant le boom �conomique des sables bitumineux. Tous ou presque ont d�chant�. L�Alberta, c�est du travail bien pay� mais pour celui qui a un permis de travail et des comp�tences techniques �, pr�vient G�rard Carlier, un banquier fran�ais install� � Calgary.

 

Juliette et Fran�ois Gibbon, un couple de quinquag�naires originaires de Moncton dans la province bilingue du New Brunswick, font partie de ces Canadiens attir�s par l�Alberta. Attabl�s dans un fast-food d�cr�pit de l�unique centre commercial de Fort McMurray, ils racontent la vie dans cette bourgade qui a vu sa population doubler en moins de dix ans (75.000 habitants en 2009). L�argent, disent-ils, est le seul motif de leur pr�sence ici. A d�ambuler dans les rues boueuses et encombr�es, on comprend pourquoi. Morcel� par l�autoroute, l�ancien comptoir de fourrures n�a ni charme ni �me. Il suinte l�ennui, parfois la violence, quand plusieurs milliers d�ouvriers log�s � proximit� des usines y viennent passer le week-end et d�penser une partie de leur paie hebdomadaire dans les casinos ou les bars. Escrocs, prostitu�es venues des Etats-Unis voisins, dealers de crack et de coca�ne en lien avec les gangs de Toronto ou de Vancouver sont aussi l� pour affaires.

 

En vingt ans, l�Alberta est devenue la province la plus riche du Canada, a empoch� pr�s de cinquante milliards de dollars de royalties. Ce solide matelas financier lui permet de ne pas avoir de dette, de baisser r�guli�rement les taxes sur la consommation et les b�n�fices des entreprises, d�afficher un exc�dent budg�taire ces treize derni�res ann�es et, surtout, d�envoyer un ch�que annuel d�un montant moyen de 1.000 dollars � ses contribuables. Les sables bitumeux devraient g�n�rer 1500 milliards de dollars et 500.000 emplois au cours des vingt-cinq prochaines ann�es : � C�est peut-�tre du p�trole sale mais pour les Etats-Unis, c�est d�abord du p�trole s�r contrairement � celui qui arrive d�Arabie Saoudite ou du Venezuela. � explique Andrew Nikiforuk, journaliste et militant �cologiste albertain, qui �voque un pacte implicite entre les Etats-Unis et le gouvernement f�d�ral  pour qu�aucun frein ne soit mis � l�exploitation des sables bitumineux de l�Alberta.

 

Mais cette abondance se paie d�une image d�sastreuse dans le reste de la f�d�ration canadienne. Partout des p�titions, des livres et des actions militantes r�clament une limitation de l�extraction de sables bitumineux au nom de la protection de l�environnement. Des officiels qu�b�cois et ontariens envisagent m�me une action en justice contre l�Alberta aupr�s des juridictions f�d�rales voire internationales. � Aux yeux du monde, le Canada �tait synonyme de respect de la nature. Maintenant, c�est un monstre qui acc�l�re le r�chauffement climatique et saccage son environnement. �, constate Frederik Amstrong un universitaire de Calgary.  Mais Juliette et Fran�ois Gibbon n�ont que faire de ces consid�rations g�opolitiques. Ils r�vent d�un appartement plus grand, d�un Fort McMurray plus agr�able � vivre. Mais ils esp�rent aussi � que ses habitants ne seront pas, un jour, jug�s comme complices du pire d�sastre �cologique de ce d�but de XXI� si�cle. �

 

Akram Belka�d

 

Encadr�

 

Des modes d�extraction �nergivores

 

L�Alberta est la plus riche des dix provinces canadiennes. Elle fournit 70% du p�trole et du gaz naturel exploit� par le pays. Sur une superficie de 141.000 km2 , les trois principaux gisements de sables bitumineux contiennent l��quivalent de 180 milliards de barils de p�trole. Au nord de Fort McMurray, dans une zone de 3512 km, les sables sont accessibles � moins de 60 m de la surface. Ils sont alors exploit�s dans des mines � ciel ouvert. Il faut d�abord couper les arbres de la for�t bor�ale et enlever le terreau et l�argile qui ne contient pas de sable. Extrait par des pelleteuses g�antes, ce dernier est ensuite achemin� par camions vers les diff�rentes usines d�extraction. L�, le bitume est s�par� du sable par injection d�eau chaude dans de longs tambours rotatifs avant d��tre transform� en p�trole brut.

 

Une technologie plus r�cente (m�thode � in-situ �), celle des puits, a vu le jour, plus pour des raisons techniques que par souci �cologique. Pour �conomiser la coupe de la for�t et le d�caissement du sol, et agir plus en profondeur, des puits horizontaux parall�les sont creus�s : dans l�un, on injecte de la vapeur d�eau qui liqu�fie le bitume pomp� dans le second. Si cette m�thode �vite la d�vastation du paysage, elle exige �norm�ment d�eau et de gaz naturel. De plus, elle n�est pas encore totalement ma�tris�e.

 

Dans les deux types d�extraction, le bitume doit �tre liqu�fi� gr�ce � des solvants et l�ajout d�hydrocarbures dont les r�sidus sont stock�s dans d�immenses bassins de d�cantation.

 

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© Akram Belkaid
Une usine de transformation du bitume en p�trole brut - 1
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© Akram Belkaid
Une usine de transformation du bitume en p�trole brut - 2
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© Akram Belkaid
Une usine de transformation du bitume en p�trole brut - 3
 
Les b�timents au premier plan h�bergent les ouvriers qui travaillent sur le site.
 
T�moignage de l'un d'eux : "impossible de se sentir propre. Les v�tements, la peau, finissent par s'impr�gner de l'odeur des solvants."
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© Akram Belkaid
La fameuse highway 63.
 
A partir de Fort McMurray, il suffit de rouler vers le nord. Tr�s vite, apparaissent les installations industrielles. Plus au nord encore, on roule sur un lac gel� avant d'atteindre l'aval de la rivi�re Athabasca.
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