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Mots cl�s  Maghreb.. Tunisie.. Immolation par le feu.. monde arabe..  
  


Monde arabe : Cette saisissante immolation par le feu   
Slate.fr, vendredi 21 janvier 2011.- Chaque jour ou presque, la m�me information tombe comme un couperet. Quelqu�un, quelque part dans le monde arabe, est mort ou a tent� de mettre fin � sa vie en s�aspergeant d�essence puis en se transformant en torche humaine

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Slate.fr, vendredi 21 janvier 2011
 

Chaque jour ou presque, la m�me information tombe comme un couperet. Quelqu�un, quelque part dans le monde arabe, est mort ou a tent� de mettre fin � sa vie en s�aspergeant d�essence puis en se transformant en torche humaine. Un boulanger en Egypte, une femme � Sidi bel-Abb�s, plusieurs adolescents � Alger, un homme d�affaires � Nouakchott (capitale de la Mauritanie)�

La liste de ces tentatives de suicide par le feu ne cesse de s�allonger. C�est �vident; ces actes terribles font �cho � celui de Mohammed Bouazizi, vendeur de fruits de Sidi Bouzizi dont la mort tragique a provoqu� le soul�vement des Tunisiens. A ce sujet, ouvrons d�abord une parenth�se et citons le noms d�autres h�ros: Abdessalem Trimech de Monastir, qui s�est immol� par le feu le 3 mars 2010 et Chams Eddine Heni de Metlaoui, mort le 20 novemhttps://0. Eux aussi sont des martyrs de la cause tunisienne. Fin de la parenth�se.

Des suicid�s pas comme les autres

Ces immolations par le feu me bouleversent et me d�sorientent. Elles me plongent dans un �tat de saisissement qu�il m�est difficile de d�crire. M�lange de peine et d�effroi. De l�incompr�hension aussi face � ce choix radical qui m�ne, lorsqu�on en r�chappe, � une vie de souffrances atroces. Bien s�r, cela fait longtemps que le suicide est devenu un fait r�pandu dans le monde arabe en g�n�ral et au Maghreb en particulier.

Dans nos pays, la jeunesse mais aussi ses a�n�s se tuent par manque d�espoir et de perspectives. Ils se tuent � cause de la hogra (le m�pris), du n�potisme et de la d�sinvolture avec laquelle leurs innombrables probl�mes sont trait�s. Ils en finissent parce qu�ils sont au ch�mage, parce qu�on leur refuse un logement pour la centi�me fois, parce qu�il n�y a plus de pain pour leurs enfants ou parce que des policiers les ont humili�s.

Les uns se jettent des ponts en se jouant des grillages de protection, les autres succombent � des surdoses de m�dicaments ou � des m�langes de psychotropes et d�alcool.

Mais ce recours aux br�lures fatales est une nouveaut� d�stabilisante. Les musulmans ont un rapport ambigu au feu. Il incarne la g�henne, la punition �ternelle pour les d�n�gateurs, les hypocrites et ceux qui ont refus� de croire. Mais il est aussi parfois purificateur.

Ce pasteur am�ricain qui voulait br�ler le Coran ne se doutait peut-�tre pas que c�est ce que font les musulmans quand un exemplaire du livre saint est en trop mauvais �tat. On ne le d�chire pas, on le br�le. D�s notre plus jeune �ge, on nous apprend � ne jamais souffler une bougie ou une chandelle mais � �teindre sa flamme avec le pouce et l�index. D�o� cela vient-il, je ne sais.

Cela fait des si�cles que des th�ologiens s��tripent � propos de l�influence du zoroastrisme sur l�islam. Mais cela ne m�explique pas ce qui se passe aujourd�hui.

Martyrs et sacrifices

Ce qui est certain, c�est qu�il s�agit � la fois de sacrifices volontaires et d�actes politiques destin�s � �veiller les consciences. Les agences de presse, la majorit� des m�dias, les commentateurs et l�homme de la rue emploient tous ou presque la m�me formule: �immolation par le feu�.

Parfois m�me, la d�p�che ou l�article se contente du premier mot, comme si cela �tait �vident, implicite: �Un p�re de famille de six enfants s�est immol� � Bordj M�na�el� (vilhttps://g�rie), D��ue par ses gouvernants, la jeunesse arabe s�immole�. Immolation: quel terme terrifiant! Comment ne pas penser au Moloch, aux holocaustes carthaginois et autres. Je me tourne vers le dictionnaire. �Immolation: acte d�immoler. Immoler: Tuer quelqu�un, un animal pour l�offrir en sacrifice � une divinit�. Faire p�rir. Effectuer un sacrifice pour satisfaire une exigence�. Sacrifice, voil� le ma�tre mot.

�Mais c�est comme Jan Palach�, m�explique-t-on en faisant r�f�rence � cet �tudiant tch�que qui s�est immol� par le feu en 1968 pour protester contre l�invasion sovi�tique de son pays. Je l�avoue, c�est une r�f�rence europ�enne qui ne me dit pas grand-chose. Pour moi, ce genre de sacrifice est plut�t li� aux moines bouddhistes vietnamiens qui protestaient au d�but des ann�es 1960 contre le r�gime pro-am�ricain.

Souvenir d�images en noir et blanc de documentaires comment�es par la voix nasillarde d�Henri de Turenne� En tous les cas, et c�est ce qui me perturbe le plus, cela n�a jamais �t� un acte fr�quent dans nos pays. Je me trompe peut-�tre, mais je ne pense pas que quelqu�un se soit immol� par le feu durant la Guerre d�Alg�rie ou m�me durant la Guerre civile des ann�es 1990. D�o� cela vient-il? Comment a-t-on pu en arriver l�? C�est bien la preuve que nos soci�t�s ont atteint le stade ultime de la d�sesp�rance. C�est le signe d�une grave d�gradation psychique sur laquelle il faudra bien se pencher un jour.

�C�est le culte du martyr�, me dit-on aussi. Peut-�tre. Un martyr honorable, admirable alors. Un martyr qui d�cide de se sacrifier pour alerter sur son sort et celui des autres, mais sans tuer ni blesser son prochain. Un martyr qui accomplit un acte de violence extr�me contre lui-m�me et contre le syst�me mais jamais contre ses semblables. C�est admirable et cela accro�t mon respect. Un �ditorialiste parisien, imb�cile ou peu inspir�, a �crit un jour: �Mieux vaut Ben Ali que Ben Laden�. La r�plique coule de source: c�est Bouazizi qui vaut mieux que Ben Laden et, faut-il le pr�ciser, que Ben Ali. Car cette immolation par le feu, aussi horrible soit-elle, est peut-�tre un pas d�cisif vers la non-violence. Il semble que nous sommes en train d�apprendre que l�on peut protester sans exercer de violences contre les autres. Il nous faudra r�ussir � �viter de l�exercer contre nous-m�mes.

De l'indiff�rence au d�shonneur

�Qu�il cr�ve� aurait lanc� Ben Ali en apprenant l�acte de Mohammed Bouazizi. Cela n�a rien d��tonnant, cela prouve � quel point le dictateur �aimait� son peuple. C�est une r�action qui r�sume bien le m�pris dans lequel nos dirigeants nous tiennent. Prenez les harragas �les br�leurs de fronti�re, candidats � l��migration clandestine�, ces gens qui embarquent pour le nord de la M�diterran�e, ou pour les Canaries, et qui savent que la mort les guette dans les flots. Voil� une autre mani�re de se suicider.

Longtemps, cela s�est fait dans l�indiff�rence la plus totale de nos pouvoirs. Nos pouvoirs� �Qu�ils cr�vent tous et qu�ils nourrissent les poissons�, semblaient-ils dire. Et puis l�Europe a protest� et voil� que ces candidats � la noyade sont d�sormais jug�s et emprisonn�s lorsque les garde-c�tes les arraisonnent. Comment s��tonner alors quand on apprend que vingt harragas alg�riens ont r�cemment tent� un suicide collectif.

Intercept�s par les garde-c�tes, ils ont asperg� leurs embarcations d�essence et y ont mis le feu. Tentative d�immolation collective par le feu: le cauchemar continue. �La mort plut�t que vous�, disent les d�sesp�r�s � nos ma�tres bien repus. Le sort des harragas �tait d�j� un d�shonneur et une d�faite pour les pays du sud de la M�diterran�e. C�est aussi le cas du destin tragique de ceux qui s�immolent par le feu pour r�clamer plus de dignit�.

Akram Belka�d

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